Il faudra à ce
gouvernement du courage. «Du passé faisons table rase»: tels étaient les
titres des articles de Bernard Debré et de Jean-Michel Dubernard en
juillet 2002 dans «Panorama du Médecin».
J'avais pour ma part titré:
«Maintenant où jamais».
Il faut bien dire que
deux ans ont été perdus et que la réforme qui se profile tient plus de
l'illusionnisme que de l'ambition réelle car à ne vouloir mécontenter
personne, on n'aboutira qu'à un projet informe et inodore. La rage qui
nous animait il y a deux ans dans le combat des médecins généralistes
n'est pas éteinte, elle est sans cesse ravivée par des décisions
contradictoires et incompréhensibles, et des tentatives de
marginalisation.
Le médecin traitant
et le dossier médical personnel
Sans parler de filière de soins, ni de passage obligé, il est hors de
question que ce soit quelqu'un d'autre que le
médecin généraliste qui gère le dossier médical personnel. Au-delà d'une
prise en charge cohérente du patient, il s'agit d'un combat essentiel
pour le médecin généraliste. Il doit enfin être le pivot du système de
santé, sa fonction doit être revalorisée dans l'intérêt du patient.
Comment a-t-on pu passer en 30 ans d'un médecin généraliste faisant seul
des accouchements au même médecin se voyant demander en consultation par
une jeune femme «s'il a le droit de prescrire la pilule»?!
Le médecin traitant, médecin généraliste qui n'est pas le médecin
réfèrent puisqu'il reste en dehors de toute filière de soins, reçoit par
messagerie sécurisée l'intégralité des données concernant le patient,
compte-rendu d'hospitalisation, compte-rendu opératoire, histologique,
résultats d'analyses, comptes-rendus de spécialistes tels que cardios,
pneumos gastros, etc.
Son rôle est de gérer le dossier et d'en extraire un résumé de dossier
où figure les 13 items de l'Anaes: coordonnées, allergies, intolérances,
traitements en cours, antécédents : il le met à disposition sur un
hébergeur crypté où figurent déjà les comptes-rendus également cryptés
qu'il a reçus.
On accède alors à cet hébergeur avec une carte Vitale codée et une carte
CPS codée. Le patient peut consulter son dossier chez le médecin
traitant qu'il a choisi. La confidentialité est garantie, la cohérence
de la prise en charge est assurée, le rôle du médecin généraliste, pivot
du système de soins, est reconnu.
Permanence des soins
Près de trois ans après le début du conflit rien n'est malheureusement
résolu: le triste sort de la commission Descours où tout avait été dit,
compris et proposé clairement: volontariat, astreinte incitative, arrêt
de la garde libérale à 24 heures, coordination des permanences de soins
et urgences hospitalières pour finalement aboutir au retour à une
négociation conventionnelle avec une augmentation de l'acte de nuit dont
les généralistes ne voulaient pas et une astreinte insultante à 10
euros.
Les médecins de Belfort se déconventionnent massivement, le Tass de
Douai autorise une réouverture de fait du secteur 2 et la négociation
conventionnelle se poursuit tranquillement, comme s'il ne se passait
rien dans ce pays. Et 31 % des médecins diplômés ont choisi cette année
de s'installer en médecine libérale.

Encore une dizaine d'années et «Greenpeace» pourra surveiller le médecin
généraliste dans une réserve.
Dr Jean-Paul Hamon,
Vice-Président de la Fédération des Médecins de France.
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