Mardi 11 Janvier 2005           

        Dr Jean-Claude Régi

   CONTACTS

 

LA CONVENTION :
UN COMPROMIS QUI NE SATISFAIT PERSONNE…

interview de Egora
 

Il ne fait aucun doute qu´une réforme de l´assurance maladie s´imposait. Le déficit qui ne cesse de se creuser est là pour nous le rappeler. Faut-il également rappeler que les dépenses consacrées à la santé ne cesseront de croître compte tenu notamment du vieillissement de la population et du coût des techniques sophistiquées mises en oeuvre.
Mais ne faut-il pas également relativiser les choses en rappelant que si la reprise économique était au rendez-vous on ne parlerait plus de trou de la sécurité sociale ?

Il se pourrait même que le trou ne soit que le témoin de l´insuffisance des ressources que le pays consacre à son système de santé.

La Fédération des Médecins de France s´est inscrite dans une démarche volontariste pour trouver des réponses pérennes à la situation de crise que nous traversons. Aujourd´hui, les choix sont faits et la réforme est sur les rails. Bien que nous n´y retrouvions pas notre philosophie ni tout ce que nous espérions, nous souhaitons, pour notre pays et pour notre profession, réussite.

Mais ces choix sont-ils les bons ?
A grand renfort médiatique, tout patient de plus de 16 ans va devoir choisir dans les prochains mois un médecin traitant, la plupart du temps un généraliste qui sera un médecin de premier recours chargé de la tenue de son dossier médical personnel. Ainsi, pour tous ceux qui lui rendront visite, le médecin traitant jugera s´il le prend en charge ou s´il juge opportun de l´adresser pour avis à un médecin spécialiste consultant.

Cette logique de parcours de soins coordonnés est censée éviter des consultations inutiles par une prise en charge globale et coordonnée. Nous sommes là au cœur de la réforme qui met en avant le médecin de famille en favorisant les soins primaires et en gageant la revalorisation de l´activité médicale sur des économies à faire sur les prescriptions prétendues abusives.

La profession devrait s´interroger sur la nature et le niveau des engagements qu´elle prend. Trouver un milliard d´euros n´est pas chose si aisée, et consacrerait, si cet objectif était pleinement atteint, un comportement contestable des prescripteurs.
Les médecins n´ont pas à se culpabiliser comme ce dispositif semble les y inciter, et leur attitude doit être toujours la même, à savoir la recherche du juste soin à son juste coût. C´est cette seule attitude qui se justifie sur le plan déontologique.
Obtenir une revalorisation d´honoraires basée sur des restrictions de prescriptions imposées aux patients est de nature à modifier à terme le nécessaire rapport de confiance de ces derniers et de leurs soignants. La Fédération des Médecins de France s´est toujours inscrite dans une démarche de qualité où les économies trouvent bien évidemment leur place, mais ne doivent pas conditionner la valeur de l´acte médical.

Cette notion de valorisation de l´acte médical semble être la grande oubliée de cette réforme. Pour les généralistes, l´essentiel de l´effort financier qui leur est consenti porte sur une rémunération forfaitaire de certains actes assortis de saupoudrage ici et là pour masquer précisément une insuffisance de revalorisation. Au 1er janvier 2006, majoration de 3 euros pour les consultations réalisées par les médecins généralistes pour les enfants de 2 à 6 ans. Dès le 1er mars 2005, les médecins internistes pourront appliquer une majoration de 2 euros supplémentaires et les diplômés d´études spécialisées (DES) un C2 pour avis ponctuel de consultants. Au 1er janvier 2006, les pédiatres pourront coter une majoration d´un euro pour les consultations d´enfants âgés de 0 a 24 mois déjà majorées de 2 euros à partir du 1er mars 2005, etc.

Tout cela conduit à une tarification complexe et fastidieuse. Ce système, modèle d´une médecine administrée, manquera à n´en pas douter pour les usagers, de visibilité. Le parcours de soins qui est instauré est censé produire des économies en pénalisant l´accès direct aux spécialistes, à l´exception de quelques spécialités. Là réside une vraie interrogation, ce parcours de soins va-t-il produire les économies escomptées ? Un certain nombre de spécialités vont subir de plein fouet ce passage obligatoire par le médecin traitant avec une perte d´activité et de ressources pas forcément rattrapées par le dépassement autorisé ou la montée en charge du C2. Les médecins traitants, essentiellement des généralistes, vont subir une pression de la part des patients, pour leur permettre d´accéder aux spécialistes, ce qui va emboliser leurs consultations déjà soutenues du fait de la démographie médicale, et ce au détriment de la qualité et d´une valorisation de leurs actes.

La mise en oeuvre de la CCAM technique, élément structurant pour les spécialistes et qui constituait pour eux la vraie réforme, perd aujourd´hui toute sa pertinence. Certes les spécialités dites perdantes limitent les dégâts, avec un étalement dans le temps, mais ceci réalisé au détriment de spécialités qui auraient dû être légitimement revalorisées par la CCAM technique. Quant à la mise en oeuvre de la CCAM clinique dont certaines spécialités comme l´endocrinologie attendaient beaucoup, il n´est aujourd´hui permis que d´espérer…

Cette convention est donc un compromis qui risque de ne satisfaire personne. Au cours des négociations il est apparu que la nouvelle gouvernance de l´assurance maladie avait pour préoccupation de veiller manifestement aux intérêts des organismes complémentaires. Les dérogations tarifaires sont si encadrées que certains spécialistes ne peuvent quasiment pas y accéder, comme les gynécologues à accès direct, donc en tarifs opposables pour la quasi-totalité de leur activité, ou pour les chirurgiens qui voient leurs patients adressés systématiquement par le médecin traitant.

Cette convention fait perdurer l´iniquité entre les médecins. Les médecins généralistes n´ont aucune possibilité de liberté tarifaire. Pour les médecins spécialistes perdure « l´inégalité entre égaux », avec impossibilité de choix du secteur 2 pour ceux qui l´ont laissé passer en faisant, en son temps, confiance au système conventionnel.

Le secteur optionnel, créant « l´option de coordination », ne gommera pas semble-t-il les divergences entre secteur1 et secteur 2 qui continueront à se creuser.
Aujourd´hui pèse une inconnue sur l´attitude des organismes complémentaires.

Pour la Fédération des Médecins de France, le vrai combat syndical se situe autour de la fixation de la valeur de l´acte médical, nous ne cesserons jamais de le dire. Si l´assurance maladie n´est pas en mesure de prendre en charge ces actes à leur juste valeur, des organismes complémentaires doivent prendre le relais sans restrictions. Certains diront que dans cette réforme il n´a pas été imposé de contraintes au corps médical et plus particulièrement aux spécialistes, et qu´ils obtiennent, qu´ils soient secteur 1ou secteur 2, un droit à dépassement.

 Les médecins rétorqueront que cette possibilité est tellement encadrée qu´elle est inopérante.
Pour le médecin généraliste, devenu le pivot du système, quel changement réel lui apporte cette réforme par rapport à sa situation actuelle ? La valeur de l´acte de base, le C est à un niveau bas et ses revenus ne vont augmenter que par l´effet volume. On peut donc s´attendre à ce que ce transfert d´actes du spécialiste vers le généraliste ne s´accompagne pas d´économies. Quant à l´idée que le passage d´un patient par son médecin généraliste traitant préalablement à la visite chez un spécialiste coûterait moins cher en médicaments et en prescriptions diverses, l´expérience du médecin référent aujourd´hui supprimé devrait nous renseigner. Dans ce système, les patients coûtaient-ils moins à la collectivité, et étaient-ils mieux soignés ?

Pour nous, il y a beaucoup à attendre du médecin traitant, le médecin de famille que nous réinventons, sans circuit obligé, doté d´un authentique dossier médical, simple, ergonomique respectant scrupuleusement la confidentialité des données.

Quoi qu´il en soit, aujourd´hui le texte conventionnel est là, chacun peut calmement l´analyser à sa guise et mesurer tous ses aspects, aussi bien négatifs que positifs. Il faut avoir à l´esprit que la réussite de cette réforme est loin d´être assurée et que son échec, par son manque d´ambition et de réelle confiance dans le corps médical risque de nous conduire à la fin du système libéral tel que nous le connaissons aujourd´hui , pour évoluer pour la médecine générale de premier recours, vers un système à la capitation avec tiers payant, vers un pseudo salariat. Quant à la médecine libérale spécialisée devenue essentiellement hospitalière, elle sortirait du domaine conventionnel pour contracter avec des groupes assurantiels.

Pour terminer je voudrais soulever un problème de forme qui est celui de la signature ou non de la convention par des syndicats reconnus représentatifs. L´objet de toute cette négociation n´était-il pas de parvenir à une convention unique permettant une nécessaire coordination entre la médecine générale et la médecine spécialisée pour assurer une meilleure prise en charge des patients, tout en réalisant des économies ? L´accord de Jouy-en-Josas ne comportait-il pas la signature de cinq syndicats représentatifs, dont celle d´un syndicat de généraliste qui acceptait cependant que des économies à hauteur de 998 millions d´euros soient supportées essentiellement par la médecine générale ?

La Fédération des Médecins de France a demandé à ce qu´il soit procédé, comme ça a été constamment l´usage, à une enquête de représentativité préalablement à l´ouverture des négociations. La Fédération des Médecins de France souhaitait obtenir la représentativité de ses généralistes. Nous n´avons eu aucune réponse officielle du ministère à ce sujet en dehors de paroles apaisantes faisant remarquer qu´aujourd´hui la médecine générale devenait une spécialité à part entière et que notre demande perdait de sa pertinence.

La Fédération des Médecins de France n´a donc pas accepté que réapparaisse ainsi subrepticement, au cours de l´ultime phase de négociations, tard dans la nuit, la dichotomie entre syndicats représentatifs de généralistes et de spécialistes et les autres, et ce à la demande de certains, pour des raisons par trop évidentes. L´introduction de cette balkanisation fait perdre indiscutablement de la force à un texte qui recherche l´accord de toute une profession dans une convention unique. La FMF, qui n´a pas signé ce texte de fin de négociations, le présentera à son assemblée générale convoquée le 29 janvier, qui déterminera la position de notre centrale à l´égard de cette convention pour les cinq prochaines années.


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